Sauvagines
Textes sauvages pour publics avertis (ou inversement)…
ANIMAL ERRANT
Assis seul sous l’abribus
J’étais comme un chien fou
Qu’a perdu sa laisse.
A compter mes puces.
A ronger mes os.
A racler les mots.
Dans la bouche,
je n’avais rien d’autre
A mâcher
Que la nuit
Et un chapelet
De solitude.
Les passants sans regards
Filaient tous trépassés.
Quand même la lune se terre,
Le cœur déborde des lèvres.
La ville est une fourrière
De néons gras mal fardée.
Et moi,
Animal errant,
J’aurais tout donné
Pour retrouver la peau tiède et tendue
Des forêts.
C’est là que,
Pâle,
Tu es arrivée,
Et tes pas claquaient
Sur la lame du trottoir
Comme un coup de lune.
Sous la laine,
tu étais nue.
Tu sentais la mousse, le suint, la mort et les bois,
dans tes yeux, les corbeaux, les sentes, les ruisseaux.
L’infinie forêt
Dont j’avais été privé.
A la lisière du silence,
Nous nous sommes reconnus :
Moi l’errant, toi la sauvagine.
Je t’appartenais.
J’aurais tout donné
Pour m’enfouir
Dans la tanière
De ta main,
Pour apaiser ma soif
Dans la vasque
De tes clavicules.
Mais je n’ai rien fait.
Je suis un animal
Errant.
Je ne suis pas
de ces bêtes
Qui vont sur deux pattes,
Ces chasseurs
Qui forcent les clairières
Qui éventrent les chemins
Qui brandissent leurs armes,
Leurs rires
Et leur bite
Pour mieux camoufler
Leur peur
De n’être
Que des hommes.
Je ne mordrai ta chair
Que si tu m’y invites.
Alors, là, sur le trottoir,
dans un soupir de sous-bois,
tu t’es défeuillé.
Tu as ouvert ton manteau
Pour m’offrir ta gorge.
Tu as relevé ta robe
Et le ciel sombre s’est dévoilé.
Ton corps
Est devenu mon refuge.
A genoux entre le tronc
de tes jambes,
Mon visage entre tes mains,
Mes yeux plantés
Dans les tiens,
J’ai plongé ma langue
Dans la mousse.
A pleine bouche
J’ai
Lapé,
Léché,
Avalé,
L’eau, le sel,
La roche, la boue,
L’humus, L’écorce, la racine,
La sève, la ronce, le bourgeon, la résine,
La bogue, le fruit, l’amande, les épines,
Et puis
Soudain
l’orage et la foudre :
Entre tes cuisses
Le ciel tout entier
A fondu dans ma bouche
Et, pour un instant,
Moi qui ne suis
Qu’un animal errant,
A ta source,
J’ai retrouvé
Ma liberté.
DIANE
La chasse a débuté dans la forêt
alors que je me désoiffais à la source.
Entre mes mains,
je lapais mon reflet
Quand j’ai surpris ton œil fauve
caché dans une brassée d’ajoncs.
J’ai fait comme si tu n’étais pas là.
Comme si tu n’étais rien d’autre
qu’un songe
– le songe d’un papillon.
Alors, l’échine frémissante,
je me suis frotté à la mousse.
A pleines mains,
j’en ai fait rosir ma chair pâle,
sachant bien que,
dans le même temps,
en silence,
j’étranglais peu à peu
ton souffle.
J’étais presque liquide
Quand tu as bandé
l’arc et la flèche
et jailli des ajoncs.
Par-dessus mon épaule,
en plein cœur
de mes lèvres
je t’ai décoché un sourire narquois
– un refus, une invitation.
Maintenant,
Sur les sentes
derrière moi,
tu traques et tu cours.
Tu cours, ma sueur, ta salive,
Je saute, tu grinces, je glisse
Tu plonges, ta langue, mes cuisses
Tu tends, tes doigts, j’esquive.
Mais soudain
tu t’arrêtes.
Le souffle court sous la lune,
Le désir sur les hanches,
Je te vois,
sur le point d’abandonner
le feu follet
– de mes reins.
Alors je stoppe ma course
et je reviens vers toi.
Dans la clairière,
Lentement,
je te désarme
d’un sourire
et délace ta robe.
Nus, l’un et l’autre,
A pleine bouche,
Nous nous dévorons
Ventres, Lèvres, Veines,
Muscles, Poils, peaux,
Sang, sexes et foies,
A pleine bouche
Jusqu’à la mort,
Tour à tour
Chasseuse et proie.
Après le désert

Tu es
l’orage qui gronde,
le nuage qui perce,
Tu es l’ondée
Sur le papillon
Assoiffé
De mes cuisses.