• Poézies

    CRAPAUD


    Quand j’avais huit ans,
    j’ai glissé mes doigts dans la pyramide
    de sable humide
    qui gisait derrière la maison
    alors encore en construction.
    J’ai enfoncé mes doigts, ma main, mon bras tout entier
    et, dans l’obscurité,
    j’ai rencontré
    la peau rugueuse
    d’un cœur qui palpitait là en secret.
    J’avais huit ans mais je n’avais pas peur.
    Je savais que quelque chose dans le sable m’attendait.
    J’ai creusé
    creusé
    jusqu’à découvrir
    un énorme crapaud noir
    que je pensais aveugle
    mais qui de ses yeux fendus
    voyait certainement en moi
    bien plus clairement que je ne l’aurais fait.
    J’avais huit ans
    et j’ai compris
    que le crapaud tapi
    n’était personne d’autre que moi.
    Partout la vie se creuse des terriers
    faits de sable, de rêves et de silence.
    Je suis un crapaud
    et j’ai huit ans
    pour l’éternité.

  • Poézies

    Pirate


    J’ai caché
    près des côtes
    un coffret
    où sont amassés mes trésors secrets :

    Le merle réveil-matin,
    une plume d’enfance,
    trois petits cailloux
    et l’épice des pins

    Le clapotis de l’été,
    le chocolat sur la peau,
    les mots que j’inventais
    que je n’écrivais jamais
    par peur d’enflammer
    les forêts de papier

    une croûte au genou de l’âme,
    les crécelles des cigales,
    le crapaud sous le sable
    le renard qui bondit
    sur une rognure de lune

    Et, tout au fond,
    dans son papier doré,
    un amour
    tout fondu.

    Je te parle du temps où j’étais marin d’eau douce,
    Où j’allais insouciant sur mon bateau
    pirate au long cours de récré.
    Ici je laisse pour toi cette carte.
    Si le cœur t’en dit, tu iras un jour
    déterrer le coffret.

  • Traductions

    Traductions

    Quand les livres voyagent…


    Monstruos : Ed Siruela, traduction en espagnol de Ana Romeral
    Monsters : Ed. Pushkin Children’s Books, traduction en anglais de Sarah Ardizzone
    Mostri : Ed. Rizzoli, traduction en italien de Bérénice Capatti
    Monstre : Ed. Jensen & Dalgaard, traduction en danois de Mette Olesen
    Chanchito, el hada cerdito : Ed. Eccomi, traduction en espagnol de Helena Aguilà Ruzola
    Garrinet, la fada porquet : Ed. Eccomi, traduction en catalan de Helena Aguilà Ruzola
    Un oso de verdad : Ed. Juventud, traduction en espagnol de Teresa Farran
    Un os de veritat : Ed. Juventud, traduction en catalan de Teresa Farran
    The voyage : Ed. Greystone Books, traduction en anglais de Helen Mixter
    La spedizione : Ed. L’Ippocampo, traduction en italien de Edvige le Noël
    Gatto qui, Gatto là : Ed. Biancoenero, traduction en italien de Irene Scarpati

    D’autres belles traductions à venir en 2026… à suivre !

  • Poézies

    Tambour


    Un ours danse dans les murs de la maison.
    Il frappe son tambour, le son est si profond que les vitres en vibrent.
    Il danse l’élan de l’enfant, la rage de l’adolescent, le regard précipité de l’homme adulte,
    la courbure du vieux, l’attente obstinée du vieillard, le squelette ricanant de la mort.
    L’ours a le pelage calendaire.
    Il se réveille et se défroque à pas lents.
    Il danse et frappe son tambour
    pour ne rien oublier des saisons.
    Je plaque mes oreilles
    contre le tuyau du vieux poêle à bois
    pour me remplir de sa respiration.
    Inspire-expire, inspire-expire
    le rythme immuable
    depuis que la vie est vie.
    Inspire-expire, inspire-expire
    Je me remplis de son souffle.
    Et les soirs où le vin déborde de ma tasse ébréchée
    je tire le rideau de velours
    qui me sépare des forêts
    et j’invite mon frère à ma table
    et nous vidons ensemble
    verres sur verres
    en trinquant à la vie,
    au feu, aux fougères,
    aux écorces, aux scarabées,
    aux sources, aux airelles,
    aux amours, aux étoiles, à l’éternité,
    ce qui, finalement, revient au même.
    Nous espérons tous sortir un jour de la grotte.
    Nous attendons patiemment le printemps revenu.
    Nous sommes deux rêveurs
    prisonniers de la gueule d’un rêve
    bien plus grand que nous.
    Il n’ a rien d’autre à faire
    qu’à briser les verres par-dessus nos épaules
    étaler nos rires sous des pas de danse
    nous réjouir d’être si bons amis
    et cuver l’avenir et la nuit
    dans le pelage de l’autre
    en nous aimant ainsi,
    pleins de vins et de vies.

  • Poézies

    Nous



    Je hêtre
    Tu mélèze
    Elle charme
    Nous chênes
    Vous frênes
    Ils trembles

    Je biche
    Tu feuille
    Elle racine
    Nous pelage
    Vous futaie
    Elles rhizomes

    Je pelage
    Tu callune
    Il fauvette
    Nous pinson
    Vous canopée
    Ils cloportes

    Je nymphe
    Tu pistil
    Elle fougère
    Nous mycélium
    Vous couvée
    Elles mue

    Je mandibule
    Nous bourgeons
    Tu samare
    Elles vibrisses
    Vous duvet
    Elle élytre
    Nous radicelles
    Ils pipistrelle
    Nous langue
    Nous ailes
    Nous fleuve
    Nous ruisseaux
    Nous terre
    Nous cri
    Nous vie
    Nous vers
    Nous crocs

    Nous sauvages