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ÉRÊVES, derrière le rideau









Il y a plus de vingt ans, je jouais au chat de gouttière
avec la petite troupe de Rue des fées.
Des balles, des couteaux, un air d’accordéon et un soupçon d’impertinence toute féline,
on se plaisait souvent à taquiner le passant et les pavés !
C’est sans doute pour ça que vous retrouverez un drôle de chat
à la tête d’un étrange cirque dans Érêves.Il y a plus de dix ans, j’ai assisté à Reykjavik
au spectacle Wear it like a crown de la compagnie suédoise Cirkus Cirkör.
Une galerie de personnages cabossés, en équilibre, au bord du gouffre,
tous confrontés à leurs faiblesses et à leurs peurs.
C’est sans doute pour ça que vous retrouverez sur la piste du Cirque d’Érêves, Blanche et Merle,
deux enfants qui portent leurs fêlures comme une couronne.Il y a plus de dix ans, j’ai découvert la chanson Wear it like a crown de Rebekka Karijord.
Une chanson que je ne me lasse pas d’écouter
et qui fait profondément vibrer quelque chose en moi.
Il y est question de chemin, de grandir et d’affronter ses peurs.Cause if I don’t follow my heart this time
I’m gonna forget what this life is all about
I’m gonna take that path I’m going in on my own
I’m gonna take that fear and wear it like a crownC’est sans doute pour ça que vous retrouverez ces paroles en exergue d’Erêves
En 2023, j’ai publié Monstres aux éditions Thierry Magnier,
un roman graphique illustré par le talentueux Nicolas Zouliamis.
Ce projet n’aurait pas pu voir le jour sans l’intuition, le travail et la bienveillance
de deux formidables éditrices, Charline Vanderpoorte et Camille Gautier.
Le roman a depuis été traduit en italien, russe, anglais, danois, espagnol et suédois.
Il est adapté au théâtre et des projets sont en cours pour une adaptation en film d’animation.
Une belle vie pour nos Monstres !Et pourtant.
Et pourtant les Monstres ne me quittaient pas.
Ils revenaient, sans cesse, à la lisière de mon imagination.
C’était une première.
Chacun de mes romans vient tenter de répondre de multiples façons à une interrogation.
Quand les questions sont posées, partagées, une page se tourne.
Mais, malgré la publication, les Monstres étaient toujours là.
Comme s’ils avaient encore quelque chose à me dire.J’ai donc replongé en 2023 dans cet univers, avec le désir d’une écriture plus ample.
Le chemin a été long et difficile.
Heureusement, j’ai pu compter sur des compagnons de route
pour m’aider à avancer quand j’en avais plein les bottes
et que je m’égarais dans les forêts de l’écriture.
Pascale Quiviger, Sébastien Joanniez, Simon, Gregoire, Laure m’ont accompagné.
Et, bien sûr, Olivier Pillé, mon éditeur au Rouergue, a toujours été là pour éclairer le chemin.Trois ans plus tard , voici Erêves, dont la couverture vibrante
est signée Germain Barthélémy.Érêves paraît demain.
Désormais, il vous appartient.
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CRAPAUD
Quand j’avais huit ans,
j’ai glissé mes doigts dans la pyramide
de sable humide
qui gisait derrière la maison
alors encore en construction.
J’ai enfoncé mes doigts, ma main, mon bras tout entier
et, dans l’obscurité,
j’ai rencontré
la peau rugueuse
d’un cœur qui palpitait là en secret.
J’avais huit ans mais je n’avais pas peur.
Je savais que quelque chose dans le sable m’attendait.
J’ai creusé
creusé
jusqu’à découvrir
un énorme crapaud noir
que je pensais aveugle
mais qui de ses yeux fendus
voyait certainement en moi
bien plus clairement que je ne l’aurais fait.
J’avais huit ans
et j’ai compris
que le crapaud tapi
n’était personne d’autre que moi.
Partout la vie se creuse des terriers
faits de sable, de rêves et de silence.
Je suis un crapaud
et j’ai huit ans
pour l’éternité. -
Pirate
J’ai caché
près des côtes
un coffret
où sont amassés mes trésors secrets :Le merle réveil-matin,
une plume d’enfance,
trois petits cailloux
et l’épice des pinsLe clapotis de l’été,
le chocolat sur la peau,
les mots que j’inventais
que je n’écrivais jamais
par peur d’enflammer
les forêts de papierune croûte au genou de l’âme,
les crécelles des cigales,
le crapaud sous le sable
le renard qui bondit
sur une rognure de luneEt, tout au fond,
dans son papier doré,
un amour
tout fondu.Je te parle du temps où j’étais marin d’eau douce,
Où j’allais insouciant sur mon bateau
pirate au long cours de récré.
Ici je laisse pour toi cette carte.
Si le cœur t’en dit, tu iras un jour
déterrer le coffret. -
Traductions
Quand les livres voyagent…












Monstruos : Ed Siruela, traduction en espagnol de Ana Romeral
Monsters : Ed. Pushkin Children’s Books, traduction en anglais de Sarah Ardizzone
Mostri : Ed. Rizzoli, traduction en italien de Bérénice Capatti
Monstre : Ed. Jensen & Dalgaard, traduction en danois de Mette Olesen
Chanchito, el hada cerdito : Ed. Eccomi, traduction en espagnol de Helena Aguilà Ruzola
Garrinet, la fada porquet : Ed. Eccomi, traduction en catalan de Helena Aguilà Ruzola
Un oso de verdad : Ed. Juventud, traduction en espagnol de Teresa Farran
Un os de veritat : Ed. Juventud, traduction en catalan de Teresa Farran
The voyage : Ed. Greystone Books, traduction en anglais de Helen Mixter
La spedizione : Ed. L’Ippocampo, traduction en italien de Edvige le Noël
Gatto qui, Gatto là : Ed. Biancoenero, traduction en italien de Irene Scarpati
D’autres belles traductions à venir en 2026… à suivre ! -
Tambour
Un ours danse dans les murs de la maison.
Il frappe son tambour, le son est si profond que les vitres en vibrent.
Il danse l’élan de l’enfant, la rage de l’adolescent, le regard précipité de l’homme adulte,
la courbure du vieux, l’attente obstinée du vieillard, le squelette ricanant de la mort.
L’ours a le pelage calendaire.
Il se réveille et se défroque à pas lents.
Il danse et frappe son tambour
pour ne rien oublier des saisons.
Je plaque mes oreilles
contre le tuyau du vieux poêle à bois
pour me remplir de sa respiration.
Inspire-expire, inspire-expire
le rythme immuable
depuis que la vie est vie.
Inspire-expire, inspire-expire
Je me remplis de son souffle.
Et les soirs où le vin déborde de ma tasse ébréchée
je tire le rideau de velours
qui me sépare des forêts
et j’invite mon frère à ma table
et nous vidons ensemble
verres sur verres
en trinquant à la vie,
au feu, aux fougères,
aux écorces, aux scarabées,
aux sources, aux airelles,
aux amours, aux étoiles, à l’éternité,
ce qui, finalement, revient au même.
Nous espérons tous sortir un jour de la grotte.
Nous attendons patiemment le printemps revenu.
Nous sommes deux rêveurs
prisonniers de la gueule d’un rêve
bien plus grand que nous.
Il n’ a rien d’autre à faire
qu’à briser les verres par-dessus nos épaules
étaler nos rires sous des pas de danse
nous réjouir d’être si bons amis
et cuver l’avenir et la nuit
dans le pelage de l’autre
en nous aimant ainsi,
pleins de vins et de vies.