• Poézies

    L’oiseau


    On cherche tous
    Les yeux qui sauront voir
    En nous
    Le ciel
    Que nous ne voyons pas.

    On se cherche tous
    Entre les bras des autres
    Des ailes
    A déployer.

    Sans savoir
    Que depuis toujours
    L’oiseau
    Vit en nous.
    Qu’il suffirait d’ouvrir
    La cage
    Pour que le ciel
    Tout entier
    Se mette à chanter.

    On cherche tous
    Dans le vide-poches
    Du voisin
    La clé
    Du ciel
    Alors que depuis le début
    Par peur de la perdre
    On l’avait
    Dans la main.

    Peut-être même
    Que toute ton enfance
    On t’a seriné
    Que tu tu n’étais pas capable
    De voler.
    Que tu étais faite
    Pour les cages.
    Qu’au-dehors les chats
    Allaient te dévorer.
    Que l’horizon était trop loin
    L’azur trop bleu
    Que le ciel était trop vaste
    Pour toi.

    Et l’oiseau étouffait.

    Et puis un matin
    De trop plein
    S’engorger de plumes
    Déborder le ciel
    Cracher un cri
    Scier les barreaux.

    Enfin
    Ouvrir
    Les doigts
    Respirer
    Et laisser s’envoler
    L’oiseau.

  • Publications

    Lucioles



    Le 14 mai prochain, les lucioles viendront éclairer le chemin !

    Comment l’imaginaire peut-il allumer des lueurs d’espoir
    et fabriquer des moteurs de luttes
    pour sortir d’un réel trop sombre ?

    L’équipe de Reporterre, média en ligne d’écologie,
    a invité des auteurices
    de science-fiction et de littérature politique
    pour répondre à cette question,
    avec la conviction que la fiction peut nous mettre en mouvement
    en déplaçant les idées sur le terrain du sensible.

    Lucioles, 15 fictions pour des futurs écologiques,
    ce sont 15 nouvelles signées Sabrina Calvo, Wendy Delorme,
    Catherine Dufour, Patrick K. Dewdney, Vincent Message, Sylvie Lainé,
    Hélène Laurain, Li-Cam, Jean-Marc Ligny, luvan, Corinne Morel Darleux,
    Elio Possoz, Juliette Rousseau et Ketty Steward.

    Parmi ces lucioles,
    vous retrouverez ma nouvelle intitulée « Pirates ».

    Lucioles, 15 fictions pour des futurs écologiques,
    est édité par La Volte en collaboration avec Reporterre,
    la couverture est de Aline Zalko,
    et elles illuminent vos librairies dès le 14 mai 2026 !

  • Publications

    ÉRÊVES, derrière le rideau


    Il y a plus de vingt ans, je jouais au chat de gouttière
    avec la petite troupe de Rue des fées.
    Des balles, des couteaux, un air d’accordéon et un soupçon d’impertinence toute féline,
    on se plaisait souvent à taquiner le passant et les pavés !
    C’est sans doute pour ça que vous retrouverez un drôle de chat
    à la tête d’un étrange cirque dans Érêves.

    Il y a plus de dix ans, j’ai assisté à Reykjavik
    au spectacle Wear it like a crown de la compagnie suédoise Cirkus Cirkör.
    Une galerie de personnages cabossés, en équilibre, au bord du gouffre,
    tous confrontés à leurs faiblesses et à leurs peurs.
    C’est sans doute pour ça que vous retrouverez sur la piste du Cirque d’Érêves, Blanche et Merle,
    deux enfants qui portent leurs fêlures comme une couronne.

    Il y a plus de dix ans, j’ai découvert la chanson Wear it like a crown de Rebekka Karijord.
    Une chanson que je ne me lasse pas d’écouter
    et qui fait profondément vibrer quelque chose en moi.
    Il y est question de chemin, de grandir et d’affronter ses peurs.

    Cause if I don’t follow my heart this time
    I’m gonna forget what this life is all about
    I’m gonna take that path I’m going in on my own
    I’m gonna take that fear and wear it like a crown

    C’est sans doute pour ça que vous retrouverez ces paroles en exergue d’Erêves

    En 2023, j’ai publié Monstres aux éditions Thierry Magnier,
    un roman graphique illustré par le talentueux Nicolas Zouliamis.
    Ce projet n’aurait pas pu voir le jour sans l’intuition, le travail et la bienveillance
    de deux formidables éditrices, Charline Vanderpoorte et Camille Gautier.
    Le roman a depuis été traduit en italien, russe, anglais, danois, espagnol et suédois.
    Il est adapté au théâtre et des projets sont en cours pour une adaptation en film d’animation.
    Une belle vie pour nos Monstres !

    Et pourtant.
    Et pourtant les Monstres ne me quittaient pas.
    Ils revenaient, sans cesse, à la lisière de mon imagination.
    C’était une première.
    Chacun de mes romans vient tenter de répondre de multiples façons à une interrogation.
    Quand les questions sont posées, partagées, une page se tourne.
    Mais, malgré la publication, les Monstres étaient toujours là.
    Comme s’ils avaient encore quelque chose à me dire.

    J’ai donc replongé en 2023 dans cet univers, avec le désir d’une écriture plus ample.
    Le chemin a été long et difficile.
    Heureusement, j’ai pu compter sur des compagnons de route
    pour m’aider à avancer quand j’en avais plein les bottes
    et que je m’égarais dans les forêts de l’écriture.
    Pascale Quiviger, Sébastien Joanniez, Simon, Gregoire, Laure m’ont accompagné.
    Et, bien sûr, Olivier Pillé, mon éditeur au Rouergue, a toujours été là pour éclairer le chemin.

    Trois ans plus tard , voici Erêves, dont la couverture vibrante
    est signée Germain Barthélémy.

    Érêves paraît demain.
    Désormais, il vous appartient.

  • Poézies

    CRAPAUD


    Quand j’avais huit ans,
    j’ai glissé mes doigts dans la pyramide
    de sable humide
    qui gisait derrière la maison
    alors encore en construction.
    J’ai enfoncé mes doigts, ma main, mon bras tout entier
    et, dans l’obscurité,
    j’ai rencontré
    la peau rugueuse
    d’un cœur qui palpitait là en secret.
    J’avais huit ans mais je n’avais pas peur.
    Je savais que quelque chose dans le sable m’attendait.
    J’ai creusé
    creusé
    jusqu’à découvrir
    un énorme crapaud noir
    que je pensais aveugle
    mais qui de ses yeux fendus
    voyait certainement en moi
    bien plus clairement que je ne l’aurais fait.
    J’avais huit ans
    et j’ai compris
    que le crapaud tapi
    n’était personne d’autre que moi.
    Partout la vie se creuse des terriers
    faits de sable, de rêves et de silence.
    Je suis un crapaud
    et j’ai huit ans
    pour l’éternité.

  • Poézies

    Pirate


    J’ai caché
    près des côtes
    un coffret
    où sont amassés mes trésors secrets :

    Le merle réveil-matin,
    une plume d’enfance,
    trois petits cailloux
    et l’épice des pins

    Le clapotis de l’été,
    le chocolat sur la peau,
    les mots que j’inventais
    que je n’écrivais jamais
    par peur d’enflammer
    les forêts de papier

    une croûte au genou de l’âme,
    les crécelles des cigales,
    le crapaud sous le sable
    le renard qui bondit
    sur une rognure de lune

    Et, tout au fond,
    dans son papier doré,
    un amour
    tout fondu.

    Je te parle du temps où j’étais marin d’eau douce,
    Où j’allais insouciant sur mon bateau
    pirate au long cours de récré.
    Ici je laisse pour toi cette carte.
    Si le cœur t’en dit, tu iras un jour
    déterrer le coffret.