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Pirate
J’ai caché
près des côtes
un coffret
où sont amassés mes trésors secrets :Le merle réveil-matin,
une plume d’enfance,
trois petits cailloux
et l’épice des pinsLe clapotis de l’été,
le chocolat sur la peau,
les mots que j’inventais
que je n’écrivais jamais
par peur d’enflammer
les forêts de papierune croûte au genou de l’âme,
les crécelles des cigales,
le crapaud sous le sable
le renard qui bondit
sur une rognure de luneEt, tout au fond,
dans son papier doré,
un amour
tout fondu.Je te parle du temps où j’étais marin d’eau douce,
Où j’allais insouciant sur mon bateau
pirate au long cours de récré.
Ici je laisse pour toi cette carte.
Si le cœur t’en dit, tu iras un jour
déterrer le coffret. -
Traductions
Quand les livres voyagent…












Monstruos : Ed Siruela, traduction en espagnol de Ana Romeral
Monsters : Ed. Pushkin Children’s Books, traduction en anglais de Sarah Ardizzone
Mostri : Ed. Rizzoli, traduction en italien de Bérénice Capatti
Monstre : Ed. Jensen & Dalgaard, traduction en danois de Mette Olesen
Chanchito, el hada cerdito : Ed. Eccomi, traduction en espagnol de Helena Aguilà Ruzola
Garrinet, la fada porquet : Ed. Eccomi, traduction en catalan de Helena Aguilà Ruzola
Un oso de verdad : Ed. Juventud, traduction en espagnol de Teresa Farran
Un os de veritat : Ed. Juventud, traduction en catalan de Teresa Farran
The voyage : Ed. Greystone Books, traduction en anglais de Helen Mixter
La spedizione : Ed. L’Ippocampo, traduction en italien de Edvige le Noël
Gatto qui, Gatto là : Ed. Biancoenero, traduction en italien de Irene Scarpati
D’autres belles traductions à venir en 2026… à suivre ! -
Tambour
Un ours danse dans les murs de la maison.
Il frappe son tambour, le son est si profond que les vitres en vibrent.
Il danse l’élan de l’enfant, la rage de l’adolescent, le regard précipité de l’homme adulte,
la courbure du vieux, l’attente obstinée du vieillard, le squelette ricanant de la mort.
L’ours a le pelage calendaire.
Il se réveille et se défroque à pas lents.
Il danse et frappe son tambour
pour ne rien oublier des saisons.
Je plaque mes oreilles
contre le tuyau du vieux poêle à bois
pour me remplir de sa respiration.
Inspire-expire, inspire-expire
le rythme immuable
depuis que la vie est vie.
Inspire-expire, inspire-expire
Je me remplis de son souffle.
Et les soirs où le vin déborde de ma tasse ébréchée
je tire le rideau de velours
qui me sépare des forêts
et j’invite mon frère à ma table
et nous vidons ensemble
verres sur verres
en trinquant à la vie,
au feu, aux fougères,
aux écorces, aux scarabées,
aux sources, aux airelles,
aux amours, aux étoiles, à l’éternité,
ce qui, finalement, revient au même.
Nous espérons tous sortir un jour de la grotte.
Nous attendons patiemment le printemps revenu.
Nous sommes deux rêveurs
prisonniers de la gueule d’un rêve
bien plus grand que nous.
Il n’ a rien d’autre à faire
qu’à briser les verres par-dessus nos épaules
étaler nos rires sous des pas de danse
nous réjouir d’être si bons amis
et cuver l’avenir et la nuit
dans le pelage de l’autre
en nous aimant ainsi,
pleins de vins et de vies. -
Nous
Je hêtre
Tu mélèze
Elle charme
Nous chênes
Vous frênes
Ils tremblesJe biche
Tu feuille
Elle racine
Nous pelage
Vous futaie
Elles rhizomesJe pelage
Tu callune
Il fauvette
Nous pinson
Vous canopée
Ils cloportesJe nymphe
Tu pistil
Elle fougère
Nous mycélium
Vous couvée
Elles mueJe mandibule
Nous bourgeons
Tu samare
Elles vibrisses
Vous duvet
Elle élytre
Nous radicelles
Ils pipistrelle
Nous langue
Nous ailes
Nous fleuve
Nous ruisseaux
Nous terre
Nous cri
Nous vie
Nous vers
Nous crocsNous sauvages
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Le livre de la consolation
J’aimerais écrire un livre
qui s’intitulerait « Le livre de la consolation ».
C’est un livre
qui pourrait te prendre
entre ses bras,
toi qui l’ouvrirais,
et qui t’offrirait
au fil des mots, des phrases et des pages
ce qui te manque,
ce qui nous manque à tous,
bien trop, et bien trop souvent.
Je veux parler de la douceur.
La douceur que nous perdons fatalement
à la seconde même où nous quittons
le ventre de notre mère
et que nous passons notre vie à chercher
dans les yeux et dans les corps de nos amants, de nos amis, de nos parents.
La douceur.
Notre seule arme contre la mort et l’oubli,
les deux ombres qui se tiennent en permanence derrière nous,
même au creux de la nuit.
Surtout au creux de la nuit.
La douceur.
Pour vivre encore. Même si tout finit.
J’aimerais écrire un livre. Le livre de la consolation.
Un livre qui te prendrait entre ses bras.
Un livre qui te dirait :
« Viens. Viens contre moi, mon enfant, mon amour, mon ami.
Viens. Viens et vis. »