Poézies

  • Poézies

    GOGUENARDE


    Ce soir,
    Toute seule
    Avec sa face
    De prune,
    La lune
    Se goguenarde
    De nos têtes atterrés,
    De nos nuits essorées,
    De nos jours sans rêves,
    De nos émois sans suites,
    De nos promesses sabotées,
    De nos massacres quotidiens,
    De nos rires embarrassés
    De nos lâchetés mal camouflées
    De nos silences étouffés,
    De notre gêne empruntée,
    De la haine,
    De la haine
    Qui dégoûte
    De nos gueules.
    Il y a
    Si
    Peu
    D’amour
    Pour ce monde.
    Qu’est-ce que la lune
    En a à foutre ?
    Rien.
    Elle n’est
    Que la lune.
    Et nous ne sommes
    Presque plus
    Animaux.
    Alors ,
    Dis-moi,
    Qu’est-ce qu’on
    Attend
    Pour
    Planter
    Dans la peau
    Morte
    De ces mauvais
    Jours
    Nos crocs ?

  • Poézies

    L’oiseau


    On cherche tous
    Les yeux qui sauront voir
    En nous
    Le ciel
    Que nous ne voyons pas.

    On se cherche tous
    Entre les bras des autres
    Des ailes
    A déployer.

    Sans savoir
    Que depuis toujours
    L’oiseau
    Vit en nous.
    Qu’il suffirait d’ouvrir
    La cage
    Pour que le ciel
    Tout entier
    Se mette à chanter.

    On cherche tous
    Dans le vide-poches
    Du voisin
    La clé
    Du ciel
    Alors que depuis le début
    Par peur de la perdre
    On l’avait
    Dans la main.

    Peut-être même
    Que toute ton enfance
    On t’a seriné
    Que tu tu n’étais pas capable
    De voler.
    Que tu étais faite
    Pour les cages.
    Qu’au-dehors les chats
    Allaient te dévorer.
    Que l’horizon était trop loin
    L’azur trop bleu
    Que le ciel était trop vaste
    Pour toi.

    Et l’oiseau étouffait.

    Et puis un matin
    De trop plein
    S’engorger de plumes
    Déborder le ciel
    Cracher un cri
    Scier les barreaux.

    Enfin
    Ouvrir
    Les doigts
    Respirer
    Et laisser s’envoler
    L’oiseau.

  • Poézies

    CRAPAUD


    Quand j’avais huit ans,
    j’ai glissé mes doigts dans la pyramide
    de sable humide
    qui gisait derrière la maison
    alors encore en construction.
    J’ai enfoncé mes doigts, ma main, mon bras tout entier
    et, dans l’obscurité,
    j’ai rencontré
    la peau rugueuse
    d’un cœur qui palpitait là en secret.
    J’avais huit ans mais je n’avais pas peur.
    Je savais que quelque chose dans le sable m’attendait.
    J’ai creusé
    creusé
    jusqu’à découvrir
    un énorme crapaud noir
    que je pensais aveugle
    mais qui de ses yeux fendus
    voyait certainement en moi
    bien plus clairement que je ne l’aurais fait.
    J’avais huit ans
    et j’ai compris
    que le crapaud tapi
    n’était personne d’autre que moi.
    Partout la vie se creuse des terriers
    faits de sable, de rêves et de silence.
    Je suis un crapaud
    et j’ai huit ans
    pour l’éternité.

  • Poézies

    Pirate


    J’ai caché
    près des côtes
    un coffret
    où sont amassés mes trésors secrets :

    Le merle réveil-matin,
    une plume d’enfance,
    trois petits cailloux
    et l’épice des pins

    Le clapotis de l’été,
    le chocolat sur la peau,
    les mots que j’inventais
    que je n’écrivais jamais
    par peur d’enflammer
    les forêts de papier

    une croûte au genou de l’âme,
    les crécelles des cigales,
    le crapaud sous le sable
    le renard qui bondit
    sur une rognure de lune

    Et, tout au fond,
    dans son papier doré,
    un amour
    tout fondu.

    Je te parle du temps où j’étais marin d’eau douce,
    Où j’allais insouciant sur mon bateau
    pirate au long cours de récré.
    Ici je laisse pour toi cette carte.
    Si le cœur t’en dit, tu iras un jour
    déterrer le coffret.