Poézies
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Nous
Je hêtre
Tu mélèze
Elle charme
Nous chênes
Vous frênes
Ils tremblesJe biche
Tu feuille
Elle racine
Nous pelage
Vous futaie
Elles rhizomesJe pelage
Tu callune
Il fauvette
Nous pinson
Vous canopée
Ils cloportesJe nymphe
Tu pistil
Elle fougère
Nous mycélium
Vous couvée
Elles mueJe mandibule
Nous bourgeons
Tu samare
Elles vibrisses
Vous duvet
Elle élytre
Nous radicelles
Ils pipistrelle
Nous langue
Nous ailes
Nous fleuve
Nous ruisseaux
Nous terre
Nous cri
Nous vie
Nous vers
Nous crocsNous sauvages
-
Le livre de la consolation
J’aimerais écrire un livre
qui s’intitulerait « Le livre de la consolation ».
C’est un livre
qui pourrait te prendre
entre ses bras,
toi qui l’ouvrirais,
et qui t’offrirait
au fil des mots, des phrases et des pages
ce qui te manque,
ce qui nous manque à tous,
bien trop, et bien trop souvent.
Je veux parler de la douceur.
La douceur que nous perdons fatalement
à la seconde même où nous quittons
le ventre de notre mère
et que nous passons notre vie à chercher
dans les yeux et dans les corps de nos amants, de nos amis, de nos parents.
La douceur.
Notre seule arme contre la mort et l’oubli,
les deux ombres qui se tiennent en permanence derrière nous,
même au creux de la nuit.
Surtout au creux de la nuit.
La douceur.
Pour vivre encore. Même si tout finit.
J’aimerais écrire un livre. Le livre de la consolation.
Un livre qui te prendrait entre ses bras.
Un livre qui te dirait :
« Viens. Viens contre moi, mon enfant, mon amour, mon ami.
Viens. Viens et vis. » -
Chien jaune
Sur les murs
Laper le soleil
Pour étancher
Un peu
La peine des hommes. -
Carambar

Tandis
que le vieil épicier
additionnait sur son petit carnet
tous les malheurs du monde,
j’ai chipé sur le comptoir
deux trois pétards
pour illuminer demain
et une poignée de bombecs qui pétillent
à partager avec les gamins.
L’épicier n’a rien vu,
trop occupé à tracer des croix noires
sur la peau de son foutu calepin.
En sortant de la boutique,
j’ai lancé :
Ciao, le vieux, à l’an prochain !
et sur le trottoir
j’ai fourré
dans ma bouche de sale gosse
la grosse boule
de ton amour,
parfum clope-carambar
pour faire durer
le goût du jour. -
InSOMNuit
Quand la lune
se glisse dans
le chas de la nuit,
tu t’encharbonnes
les yeux
pour suivre
par-dessus les toits
la couture
d’un rêve.
Point de croix,
tu as beau faire
et défaire,
au matin décousu
ne te reste
qu’un peu de suie
dans l’ourlet
des paupières.
Le miroir
du bol de café
peut bien faire
grise mine,
peu importe,
ce soir,
je te le promets,
avec mes doigts
sur ta peau
on se racommodera
la nuit.