Poézies
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Forêt

Dans ma tête
Il y a une forêt
Où
Je m’errance, je m’écorce,
Je m’entouffe, je m’enfouine,
Je m’hulotte, je m’humusse,
Jusqu’à ce qu’il ne reste rien d’autre
Que mes idées
qui craquent
Sous les dents des chevreuils.
Dans ma tête
Il y a une forêt
Où je me perds souvent.
J’en ressors léger et abruti
De soleil. -
Dimanche
Le dimanche soir
mes murs s’ennuagent,
le ciel se fait
son cinéma. -
Le manteau

Ce matin
J’ai roulé l’été en boule
dans le coffre de l’automne
et j’ai ressorti
mon vieux manteau
en feuilles mortes
et poils de chat. -
Nous

Je hêtre
Tu mélèze
Elle charme
Nous chênes
Vous frênes
Ils tremblesJe biche
Tu feuille
Elle racine
Nous pelage
Vous futaie
Elles rhizomesJe pelage
Tu callune
Il fauvette
Nous pinson
Vous canopée
Ils cloportesJe nymphe
Tu pistil
Elle fougère
Nous mycélium
Vous couvée
Elles mueJe mandibule
Nous bourgeons
Tu samare
Elles vibrisses
Vous duvet
Elle élytre
Nous radicelles
Ils pipistrelle
Nous langue
Nous ailes
Nous fleuve
Nous ruisseaux
Nous terre
Nous cri
Nous vie
Nous vers
Nous crocsNous sauvages
-
Feux

Des feux brûlent dans la maison
De loin en loin
Pareils à des balises allumées
pour les marins imprudents
qui viendraient à s’aventurer là.
Toi tu navigues dans les pièces
les mains tendues
pour ne pas échouer ton cœur
aux angles obtus
tapis dans sous la surface
des mes recoins obscurs.
Tu peux avoir confiance :
Ce ne sont pas de grands feux de joie.
Des flammèches, à peine
Où te réchauffer la peau des paumes
pour éloigner la morsure
de la solitude et du froid.
Tu erres peut-être
entre l’oreiller et le vaisselier,
le guéridon dentelé, le tapis du vestibule et l’album de famille,
tu cherches une route,
une échappatoire
tu désespères peut-être
de t’être aventurée dans la maison.
Mais tu peux avoir confiance :
J’ai allumé pour toi
les feux qui jamais ne s’éteignent.
Car c’est moi
qui brûle
là.