Poézies
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Carambar 2026

Tandis
que le vieil épicier
additionnait sur son petit carnet
tous les malheurs du monde,
j’ai chipé sur le comptoir
deux trois pétards
pour illuminer demain
et une poignée de bombecs qui pétillent
à partager avec les gamins.
L’épicier n’a rien vu,
trop occupé à tracer des croix noires
sur la peau de son foutu calepin.
En sortant de la boutique,
j’ai lancé :
Ciao, le vieux, à l’an prochain !
et sur le trottoir
j’ai fourré
dans ma bouche de sale gosse
la grosse boule
de ton amour,
parfum clope-carambar
pour faire durer
le goût du jour. -
InSOMNuit
Quand la lune
se glisse dans
le chas de la nuit,
tu t’encharbonnes
les yeux
pour suivre
par-dessus les toits
la couture
d’un rêve.
Point de croix,
tu as beau faire
et défaire,
au matin décousu
ne te reste
qu’un peu de suie
dans l’ourlet
des paupières.
Le miroir
du bol de café
peut bien faire
grise mine,
peu importe,
ce soir,
je te le promets,
avec mes doigts
sur ta peau
on se racommodera
la nuit. -
TOUT VA BIEN

Je vous écris
pour vous dire
qu’ici tout va bien.
Comme d’habitude,
et contrairement à moi,
le matin s’est levé,
complètement à l’est
et de trop bonne heure.
Au réveil,
du jardin,
j’ai prudemment essuyé
la glace et les cernes.
Force est de constater
que ma tête,
malgré la nuit,
n’avait toujours pas fait
sa mise à jour.
Le chat s’en moquait bien :
son œil
sans-façon
m’a fait la fête.
Il faut que je vous dise
que je suis pour lui
une sorte de dieu
tapi au fond
d’une tasse
de croquettes.
J’ai déjeuné d’une brioche au cassis,
et d’un petit cœur de pierre
que j’ai laissé fondre
dans le thé
de la nuit diluée.
Le téléphone a ronronné
du bout des lèvres
une petite mélodie
qui égrenait patiemment
le décompte des jours et des joies.
Le soleil niché
sur les genoux,
j’ai écouté
la pelleteuse de l’horloge
croquer délicatement
les miettes des heures.
Après le déjeuner,
j’ai fait autour de moi
un petit paquet de laines
que j’ai refermé d’un nœud marin
sans doute d’eau bien trop douce
pour les tempêtes
qui en cette saison
sévissent
sous mes côtes.
C’est pour quoi
sur le chemin,
la houle de la forêt
a raboté
le bout de mon nez.
Mais ne vous inquiétez pas :
J’en achèterai un
la prochaine fois
où j’irai à la ville.
A présent la bûche
charbonne dans le poêle
et le chat sous ses cils
prie patiemment
pour que sa volonté soit fête
sur terre
comme dans sa gamelle.
Donnez-moi
aujourd’hui
le bol
de croquettes
qui m’appartient.
Quant à moi,
Je vous écris
pour vous dire
qu’ici tout va bien
puisque
vous m’aimez
et que
je vous aime,
tout va bien. -
DÉBORDER

Mon carnet
à spirales
déborde
de plumes,
de ciels,
d’oiseaux
quand tant d’autres
voudraient nous clouer
les ailes
sur la porte
de la grange
du quotidien.
.
Pour lutter
ici
il nous appartient
de déborder
là-haut,
déborder
le quotidien
dans la langue
des oiseaux. -
Forêt

Dans ma tête
Il y a une forêt
Où
Je m’errance, je m’écorce,
Je m’entouffe, je m’enfouine,
Je m’hulotte, je m’humusse,
Jusqu’à ce qu’il ne reste rien d’autre
Que mes idées
qui craquent
Sous les dents des chevreuils.
Dans ma tête
Il y a une forêt
Où je me perds souvent.
J’en ressors léger et abruti
De soleil.